LA TEMPËTE

-"Ne crois-tu pas qu'ils sont aussi bien à l'intérieur?"
-"Mais arrête donc de les couver ces gamins, tu vas finir par en faire des femmelettes... Une heure au grand air ne les tuera pas."
Le regard de l'enfant passe de l'un à l'autre de ses parents. Ces joutes oratoires, ces fausses disputes, il en a l'habitude. Et le père gagne toujours...
Content de cette promenade impromptue, il s'en va en silence décrocher son manteau et celui du petit. Il aide son frère à s'habiller. D'abord les grosses chaussures au lacage compliqué, le lourd manteau de laine et enfin le bonnet enfoncé jusqu'aux yeux, l'écharpe et les gants tricotés par la mère au long des veillées de l'hiver dernier.

Les gamins trottinent derrière le père qui de loin en loin se retourne vers eux. "Alors les p'tits gars, ça fait du bien non?". Heureux, les p'tits gars hochent la tête un sourire dans les yeux.
Le père a ralenti. C'est vrai que l'étroit sentier grimpe rudement. Même pour un grand de huit ans.
-"C'est bon les p'tits gars, on s'arrête là... Allez donc ramasser des brindilles du temps que j'm'occupe du gros bois."
Le père s'est éloigné de seulement quelques pas. Tout en ramassant son bois, son regard s'attendrit sur les gamins qui rient d'il ne sait quelle blague.
Quelques flocons batifolent portés par le vent léger. le ciel lourd de neige amoncelée semble à portée de main. Mais le père est serein. Il s'en faut bien de quelques heures avant que la neige tombe vraiment.;; ce n'est encore que le tout début de l'hiver!

Mais voilà que sans crier gare, le ciel s'ouvre en deux, déversant ses flocons aussi gros que le poing. en quelques minutes à peine, le vent s'est mis de la partie, comme ça, sans prévenir. Le père crie des mots incomplets que les enfants ravis ne comprennent pas. c'est la première neige de l'hiver. La tête en l'air ils ouvrent grand la bouche pour cueillir les flocons qui fondent instantanément au contact de leur haleine.
Un cri dans le lointain, angoissé. Les enfants ont saisi. Le jeu cesse. Ils ne voient plus le père. Juste un rideau mouvant fait de lourds flocons. a leurs pieds, les feuilles mortes, les racines des arbres qui affleurent au sol, les brindilles qui font si bien partir le feu ont disparus dejà sous une mousse immaculée.
Un instant le grand hésite. Le père n'aurait-il pas dû venir les chercher ? Puis il attrappe la main du petit et la serre dans la sienne:-"Viens" hurle t-il à travers la tempête,"il est temps de rentrer."
Les tombés des écharpes s'agitent follement au vent furieux qui hurle entre les arbres. La neige se fraie un passage dans les nuques courbées. Le petit traine la jambe:"J'ai froid"pleurniche t-il, "elle est encore loin la maison?"
-"Mais non, viens, dépêche toi!"
Je suis grand se dit le grand. A huit ans on n'a pas peur... C'est à moi de ramener le petit à la maison puisque le père n'est pas là!"
Malgré ses exhortations, la peur lui noue le ventre. Il ne peut s'en empêcher. C'est qu'il lui semble qu'ils marchent depuis longtemps déjà... Ils n'ont pas vu le père... Sont-ils sur le bon chemin?
Un sanglot sec secoue la gorge de l'enfant. ses yeux le piquent mais il serre les dents et poursuit sa marche aveugle. De temps en temps il aide à se relever le petit qui n'en peux plus... Et le temps passe.
Désorienté, hagard, l'enfant remorquant son petit frère marche inlassablement. Il ne reconnait plus rien autour de lui. Surtout depuis que la nuit est tombée sur la forêt. il ne sent plus ses pieds mais continue d'avancer. Le petit ne traine plus, c'est déjà ça!
Comme elle lui semble loin la chaude cuisine de la ferme familiale. Il se tourne vers le petit qui doit être plus fatigué encore que lui. il faut l'encourager. C'est son rôlr de grand frère.

Mais le petit n'est plus là! Seule une mouffle rouge pend au bout de son gant, attaché à lui par le gel. sa main glacée n'a pas senti celle du petit la quitter.
Hébété il regarde la mouffle qui pendouille. Il crie le nom du petit. De toutes ses pauvres forces. Il ôte son bonnet pour mieux entendre le petit lui répondre au-delà du mugissement furieux du vent. Nulle petite voix... il revient sur ses pas. Erre de tous côtés sans cesser de crier, contre le vent qui hurle, le prénom de son frère. Il appelle, la voix encombrée de sanglots, de rage et de culpabilité.
Puis enfin il s'arrête, écoute de toutes ses forces épuisées. Il ne sent plus la morsure du froid, n'entend plus les hurlements du vent. ses paupières sont lourdes. S'asseoir. Juste un instant...

Il rêve!
Des lanternes dans la nuit qui s'approchent de lui. Des voix rugueuses qui crient. des bras qui le soulèvent et l'emportent.
Il fait chaud maintenant. sur son corps pèse le gros edredon. Des semelles raclent le sol. des voix d'hommes et le feu qui crépite. Et puis, tous menus, les sanglots discrets de la mère...
Lentement il se retourne dans le lit bien chaud et lentement entrouvre les paupières. Le petit n'est pas là, qui partage le grand lit depuis 4 ans déjà qu'il a quitté le berceau.
Tous les hommes du village sont montés les chercher. Ils ont ramené le père, perdu sur le sentier, qui cherchait ses petits. Ils l'ont retrouvé lui, roulé en boule au sol, presqu'entièrement couverts de le neige mortelle.
Deux jours déjà! Deux jours et deux nuits... quelques uns cherchent encore...;
Personne n'a retrouvé le petit.
Au printemps peut-être, à la fonte des neiges...


Découvrez Metallica!


03/12/2008
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