LA FUREUR DE L'ETERNUEMENT Mag du Plum'art

EDITO

 

De querelles en écritures, l'Internet a parfois des vertus méconnues.

Suite à la décision d'un certain Zack Morel (une espèce de polar en rouge et noir) de rassembler sur un site nommé Le plum'art, des plumitifs incertains aux vocables aussi divers qu'impliqués, une tripotée d'énergumènes des deux sexes, membres de ce dit site, se réunissaient pour co-écrire ce magasine, co-dirigé par deux improbables rédacteurs pas en chef pour un sou. Après s'être moult fois appréciés, irrités et contredits par le seul biais du virtuel, l'ensemble forgea un conglomérat d'attitudes, de considérations et de genres littéraires aussi variés qu'aiguisés.

C'est ainsi qu'est né La fureur de l'éternuement, premier numéro d'une flopée d'édition ou chacun d'entre nous à la suite prendra en main la direction de ce collectif protéiforme. Les intentions de chacun d'entre nous naviguant entre l'ambition démesurée d'avoir son œuvre complète à la pléiade ou d'écrire sur un coin de table entre deux emplois fictifs, on ne cherchait donc pas, chers lecteurs, de communauté transgressive et monolithique mais seulement un joyeux fondu enchaîné d'écrivains sous pseudonyme que vos deux serviteurs ont tenté de réunir en un ensemble cohérent et inventif.

Cette improbable coalition de gens d'en bas et d'en haut, de monomaniaques obsessionnels et de polygraphes invétérés saura, nous l'espérons, vous procurer quelques plaisirs solitaires et lettrés.

Blab'

 

Rédacteur :Blab'
Corédactrice :Anne Ivanhuc
Avec : Tof' enfant de novembre, Solucide, Marc Varin, Hosannam, Vernon Zola, Aziyadé, William nPaïe

 

 

 

 

 

 

William N'Paï est une teigne, de ceux qui ajoutent du noir sur une affiche pour édenter un sourire racoleur. Il est abominablement discourtois avec ceux qui l'indignent, ce qui serait une vertu s'il ne me glissait déjà à l'oreille qu'il s'en fout royalement. Il inflige à tous des commentaires sans soucis et mord tout ce qui passe à sa portée. Aussi imprévisible et pertinent qu'il peut être incertain, il urine grand fauve sur ce qui de près ou de loin ressemble à de la littérature de salon.
Il est tel un lion, il ne branle rien mais est indispensable à notre faune et à son équilibre.

 

 

 

Solucide est une graphomane invétérée et irrécupérable de son propre aveu. Elle peut écrire sur tout et accoupler les genres mais elle n'est jamais aussi bonne que sur ce presque rien qui la met en balance. Toujours sur la corde de l'ironie et du déshonneur, à ne jamais s'avouer vaincue entre lyrisme et froideur; Nous infligeant avec bonheur ses fictions honteuses et inquiètes dans lesquels son cœur irrité se ruine à naviguer

 

 

Dis Solu …

Premier article d'un mag dont on ne sait rien si ce n'est qu'il projette des espoirs et des ambitions croisées.

Je joue le jeu bien sûr, à la base, on est tous venus pour ça.Hein ? Mais non, jamais de la vie !Jouer avec nos mots qui résonnent en écho ou larsen, sonnent creux parfois, déraisonnent souvent, mais sont honnêtes je crois. Nos mots qui résonnent en écho ! Merdalors! Y'en a (je crois) qui sont pas au net ! C'est qu'Est-ce que je dis. Merdalors again !

Parce qu'ils parlent de nous ces écrits nous touchent, nous heurtent, nous bousculent. C'est tout de même inouï quand on pense à la portée on prend les textes pour les bébés chiots d'une portée ? vous extrapolez là ! C'est hors contexte et hors sujet, donc malhonnête ! de mots partagés.

Alors forcément des liens se créent, aussi fragile que leurs auteurs, à fleur de peau souvent, sensibles et impatients.

Tout va très vite sur un site. L'amour peut virer à la haine, la passion au dégoût, l'humour au pathétique. Nul n'y échappe. Phénomène étrange suscité par ce vertigineux miroir qu'est l'anonymat. j me fais une idée de ce que représente le vertigineux miroir de l'anonymat : Du mal à capter la portée des mots !

C'Est-ce qu'on croit au début…

Écrire n'est pas anodin pourtant. C'est un jeu dangereux à ne confier ni aux hypocrites ni aux lâches. Qui nous confie la tâche ? Pas des lâches… Pas par lâcheté qu'on écrit ? C'est à voir !

Non pas que je leur interdise de le faire, je vous vois lever les yeux au ciel sur mon outrecuidance ! (Je vous apprendrai les pas William)

Il n'est pas très tendance en ce moment de ne pas afficher ce plaisir ludique et jubilatoire qui nourrit l'écriture. D'où cé que vous tenez c't'idée ? je tairai mes sources sûres.

Je ne connais tant qu'à moi rien de plus ingrat. Si j'avais le choix, je crois que je n'écrirais pas. Mais je ne peux pas m'en empêcher bien qu'on me presse alentour pour que je consulte. Cet amour/haine des mots serait symptomatique. Il serait temps que je m'interroge et entreprenne un « travail sur moi ». Ca voudrait direqu'on vous presse de consulter ou quoi ? Il faudrait peut-être penser à voir quelque un L'ironie !!! n'Est-ce pas justement, contrairement à ce que vous affirmez, parce que vous ne pouvez pas vous empêcher d'écrire, qu'on vous presse de consulter ? J'y connais rien en médical, mais bon, l'inversion des causes et des effets, conceptuellement ou grammaticalement, n'est que l'un des symptômes de… de quoi ,

Mais je n'ai pas du tout envie de me connaître, moi ! Le peu que je sais de moi ne me pousse pas à aller plus loin. Et puis ce mot « travail » me donne rien qu'à l'écrire envie d'aller me coucher. Le poète ne dit-il pas « travailler c'est trop dur » ? Ironie ! La psychanalyse est un instrument de torture !

Me réconcilier avec moi-même me dites-vous ? Qui qu'a parlé de réconciliation ? faut déjà avoir été concilié (a Trente )…pour se dé concilier avant de se re… non ?

J'aurais trop peur de m'ennuyer… J'exagère ? Écrire n'est-il pas le meilleur moyen d'être seul ?

En vérité je vous le dis, comme monsieur le curé ! Amen !écrire est trop puissant pour ne pas s'offrir cette part de danger. On n'écrit pas pour passer le temps, on écrit pour créer cette bulle transparente qui ne protège pas pour autant. Me faites pas croire que c'est pour ça que vous écrivez. Inventer des bulles poreuses qui ne protègent pas (de la lumière ?) ou des antibulles qui explosent ou exposent… Vous disiez que vous pouvez pas vous en empêcher, d'écrire… Y'aurait donc pas de but de bulle ni de bu bulle sinon de la coincer un peu !

En écrivant ensemble, on cultive un autre paradoxe : conserver cette bulle mais criblée de petites flèches enduites d'un étrange baume qui se doit d'être étalé largement. A quoi cela tient-il ?

A l'immédiateté que représente le Net peut-être. On consomme nos textes comme le reste, on digère vite, on se repaît, on en redemande, alors on fournit. Mais non, on consomme aussi les restes de vos textes… des passages pas sages par pages font qu'il ne reste rien… Défiguré le bébé, explosées les bulles… C'est plus des flèches embaumées là, c'est carrément un massacre !

Avant que cette spirale infernale ne nous donne le tournis, ce mag voit le jour. J'y vois comme une réponse à cet écueil en essayant de créer quelque chose de cohérent à partir de nos écrits.

C'est beau un chantier, J'vous l'fait pas dire ! N'Est-ce pas ?

c'est brut, c'est vrai, ça me plait. Le rythme de parution va nous forcer à plus d'exigence, permettre le recul nécessaire.

C'est le paradoxe bien sûr qui est le plus attirant : La panacée et le poison. Mais pas une thérapie, sûrement pas ; une façon de vivre. Garder coûte que coûte une vision inédite du monde, sans s'en laisser compter. Je crois que cela tient à ça aussi, écrire : avoir le courage de donner sa version des faits. Peu importe les faits, la vie est ailleurs, ne reste que l'effet. Et cela n'a rien de superficiel, encore un paradoxe.

Plus on réfléchit à cet acte insensé, plus on est confronté à toutes sorte d'impossibilités. On se demande parfois à quel degré de magie on touche là. Alors on s'acharne ou on persévère, on s'obstine et on s'enferme.

Il existe pourtant dans cette réclusion volontaire, de grandes baies vitrées des bulles poreuses mais planes ? Et pourquoi pas hein ?qui s'ouvrent largement sur un espace qui ne fait que se renouveler. Une ligne de fuite peut-être, Il me semble que par définition une ligne de fuite n'a d'autre horizon que cet infime morceau du susdit qu'on nomme un point (de fuite) en l'occurrence.

mais sans autre horizon que cet infime morceau de vérité qu'on est prêt à donner sans partage. Mais donner sans partage, Est-ce bien un don ? oui, c'est même le seul valable !

Moi j'trouve ça plutôt classe. sans aile. et sans avion. c'est du bas de classe en italique. Tuba ? J'me casse en Italie.

Solucide. et William N'Paï

 

C'est monstrueux ce qu'on m'a demandé de faire là ! Lors d'une première lecture, je me suis bien rendu compte que je ne comprenais pas trop de quoi ça causait. D'un site, d'un magasine, d'un auteur ? Si j'avais su me contenter de consommer le produit, ce serait passé. Je serais resté un peu confondu d'incompréhension, les bras ballants, et j'aurais évité de faire des commentaires…. Mais là, j'ai relu et re relu dans tus les sens, par le milieu, par paragraphes, au hasard. Inéluctablement, une logique interrogative s'est mise en branle enclenchant d'autres interrogations, des réflexions sur les termes employés, les images fabriquées, la structure de l'exposé… Et le résultat est monstrueux ! Si je relis encore un passage, je trouve encore une question… Si bien qu'il apparaît finalement que le texte n'était pas, comme sa lecture le laissait penser, un texte structuré comme le serait un édito (puisqu'il y ressemble), mais un texte genre planant… sous influence, peut-être plus proche de la prosésie que d'un texte analytique. Vient un moment où il faut savoir s'arrêter: là, j'en ai largement fait assez.

C'est sûr, je vais me faire tuer !

Mais bon, ça ne sera pas la première fois.

 

Ce qui est monstrueux,herr N'Paï, c'est de passer mon texte à la moulinette, phrase par phrase ou quasi !

Je m'insurge, c'est malhonnête et honteux, indigne même ! là-dessus on est d'accord ! En sol majeur SVP.

Ce texte n'est pas un édito<<; vous osez trahir la confiance que j'avais placée en votre auguste personne. Le clown ? en vous disant qu'effectivement j'avais mis la main sur un très bon afghar d'une pureté noire proche du négride, même pas la peine de le brûler, il fond tout seul. Ah quel bonheur ! Il y a là confusion, vous m'avez jamais dit ça, juste que vous ne vous souveniez pas de l'avoir écrit ce texte. Et vous, tout ce que vous trouvez à faire, c'est casser à coup de pioche mon délire onirique : cela me fait grand peine. Nous étions à deux doigts de créer un semblant de communication, mais voilà que sous couvert d'une mission qui se jouerait de vous (c'est disculpant lâchement au passage) vous brisez un rêve. Oui monsieur N'Paï, vous avez gagné !

Je demande humblement au lecteur de lire une première fois mon texte seul, sans ces inserts calomnieux et hideux, et le cas échéant, de lire avec ces commentaires insipides. J'ai toute confiance en votre clairvoyance, vous cher lecteur, vous saurez me comprendre, ou du moins me pardonner d'avoir livré une création, avec ses défauts certes, mais aussi, j'ose l'espérer une quelconque originalité. Enfin j'me comprends hein ! C'est déjà ça ! j'crois qu'vous vous rendez pas compte, heureux homme que voilà !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tof' Enfantdenovembre est un jeune homme à l'anxiété productive. Toute son humanité désolée est la proie de son écriture de crise et c'est une littérature salutaire et enlevée qu'il nous offre à partir de ses instants impulsifs et inquiets comme ressorts à sa romance solitaire et surréelle.

 

Mon épistolaire

(Premier et dernier acte)

 

Mes bien chères lectrices, mes bien chers lecteurs,

Nous ne nous connaissons pas, ni d'Ève ni dedans, et je triture mes neurones pour tenter d'en faire de même avec les mots.

Tout ne coule pas de source, l'eau peut être plate, récalcitrante et parfois même empoisonnée.

Je tente l'eau de là, d'ici et d'ailleurs, il me semble qu'aucune ne me paraît vraiment alléchante, gustativement parlant.

J'ai balancé mes cafards du dimanche par-dessus mes oeillères, pour tenter de vous paraître un tant soit peu joyeux, ou en tout cas jovial, histoire de ne pas vous faire fuir dès le commencement de l'aventure.

Je ris, donc.

Sachez qu'il n'est pas simple de prendre la plume sous la direction de deux individus qui se réclament dictateurs, et qui par le fait, ne le sont pas -le principe de base du véritable dictateur étant au contraire de se faire passer, au départ, pour un sauveur humaniste.

Je m'essaie alors aux rimes, Tof' tape la prose, Tof' pratique la complaisance de lui-même pour écrire son "automne" jugé trop maniéré, Tof' craque!

Rien ne va.

On me conseille alors le recul, l'esprit distancié vis-à-vis de moi-même; on me suggère d'attendre l'instant X qui déclenchera chez moi le ressenti primordial au bon fonctionnement de la glissade peut-être élégante de mon verbe, de ma nocturne, de ma mélodie, comme on m'a dit. Que je rentre dans mes "arcanes", que je voudrais majeurs et qui pourraient me servir de cannes.

Alors j'attends.

Mais rien ne vient.

Je tente de trouver l'inspiration au creux de mes draps d'automne refroidis par l'hiver approchant, au fin fond abyssal d'un merveilleux bain moussant non écho logique, anti-huel'eau et sans hublot, ou encore, et c'est grave, devant l'abrutissante télé qui nous ressasse l'inévitable soi-disant pragmatisme d'un Prince destiné à masquer le manque d'une pensée

politique claire et cohérente face à la crise ambiante et dévastatrice de notre monde qui ne demande qu'à vivre sa petite vie, qui trace son chemin tant bien que mal, comme vous, comme chacun, comme moi perdu dans tout ce bordel abracadagargantuesque.

Car oui, vous devez savoir une chose, mes bien chères liseuses, chers liseurs, je ne suis au fond qu'un enfant perdu.

A lost child, en anglais !

Je connais bien d'autres moyens assez efficaces d'inspirer mes mots vers mon cerveau, ou l'inverse, mais il me semble assez inapproprié de les révéler ici, au sein de ce magasine qui pourtant se veut libre d'expression, et aux yeux de ceux qui auront le courage de me lire, gagné que je suis par la crainte de faire outrage à la nouvelle restauration morale qui veut s'imposer et qui d'ailleurs, je l'avoue, sape le mien -de moral, lequel ne s'écrira jamais qu'au singulier, étant bien peu (pré)disposé à me forger une morale, qu'elle soit bien ou mal-pensante!

Je tente tout au mieux de me construire petit à petit, comme un scorpion fait son nid, une éventuelle éthique, mieux : une poéthique, si possible sans polémique.

Je tente tant bien que mal, mais par-delà les deux, de m'articuler une pensée qui soit en cohérence avec moi-même, avec mes ombres et mes légers éclats de lumière lesquels, par moments souvent inattendus, transpercent l'obscurité voluptueuse qui plane au-dessus de mon moi écorché.

Une tentative de pensée, comme pour contrebalancer celle qui me semble ne pas apparaître sur les plus hauts sommets, vus d'en bas.

C'est vrai que je lève la tête, souvent par rêverie, parfois par émerveillement.

Les étoiles me sont bien sympathiques ce soir, car je ne les vois pas, je les devine.

Je devine également ce qui se passe sur le Sommet, celui que me conta un jour un enfant attristé par les agressivités qui fusaient de partout, celui qui cachait le plus précieux des trésors selon lui: le coffre à plaisirs.

Voilà en effet ce qui, à mes yeux, me paraît à présent l'essentiel : le plaisir, mais avant cela bien sûr, le désir.

Cela vous paraît simpliste, ce que je vous dis là, n'est-ce pas ? Que dis-je, Simplet même !

Et bien je l'assume, sachant qu'il n'en est rien.

Je vais désormais apprendre à revendiquer la décomplexitude de mes goûts les plus ordinaires, de manière à ce qu'ils me transportent dans la sphère de l' « extraordinaire».

Malgré ma lucidité mal maîtrisée, cette sorte de surconscience de mon surmoi autodestructeur qui me mine l'albumine, je tends aux tentatives d'apaisement du triptyque métaphysique esprit/corps/coeur, et suis revenu au point de départ de ma vie pour réapprendre l'art d'exister humblement en privilégiant les sens et le ressenti, tout en évitant, subtilement je dois me le reconnaître, l'état insupportable de la régression atrophiante.

Je dépasse mes peurs du grand abandon, une nouvelle structuration de ma vie s'impose, de sorte que je finisse par y trouver mon compte. Pourquoi n'aurai-je pas le droit, moi aussi, de m'accorder la place qui me revient de droit ?

J'en profite au passage pour considérer inutile cette manie archaïque de nous rappeler sans cesse à nos devoirs en prenant soin de nier nos droits, mais c'est un autre sujet, et libre à qui le veut de me contredire et même s'offusquer du propos scandaleux que je viens de commettre.

En vérité, je chasse les épines qui, progressivement, remontent jusqu'à mon oesophage, brûlant ce fragile tuyau pincé par mille cafards intérieurs, et pas que du dimanche, qui n'en finissent pas de remuer.

Mon corps aux anomalies anatomiques incomparables, avec cette ossature irrégulière malmenée par une espèce de polyarthrite subjective et cette hypersensibilité de la chair piquée par la violence des poussières omniprésentes dans l'air ambiant -vous remarquerez la petite élégance cachée de ma pudeur avec laquelle je me présente ici à vos yeux, sans vous dire pour autant que je pourrais également me présenter comme n'étant qu'un « petit trou d'acide dans une vie sociale» inaccoutumée, sans vouloir paraphraser M.Quignard -, ne doit pas résister plus longtemps à cet état de faits.

Bientôt, une petite libellule, telle une fée -je vous entends d'ici, vous dire que cet enfant de Novembre, c'est finalement qu'une fillette à la bouche bée et au coeur qui se veut tendre, allez-y, mes oreilles sont blindées en la seconde, je ne vous en tiendrai pas rigueur... je reprends donc: telle une fée, oui, qui agitera ses ailes transparentes et légères et, posée comme à son habitude sur le bord d'un pétale humidifié par la rosée, me fera signe de la rejoindre.

Sera venu alors pour moi, le temps de l'envol, le temps de l'effet libellule.

En attendant la concrétisation de ces petits rien à atteindre, mais qui m'apparaissent comme le pet roux, je vous suggère, avant de passer à autre chose, de vous accorder un temps de répit avec pour idée principale de vous interroger sur les causes de cette manie qu'a la libellule à toujours se tenir sur l'extrémité d'une tige -à prendre au sens qui vous semblera le plus approprié- pourtant vacillante.

En espérant avoir su attirer, à défaut d'intéresser, ici quelques regards, dans l'hypothèse où cet épistolaire à sens unique serait retenu par les deux dictateurs en question.

Dans le cas contraire, je me verrais dans l'obligation de me mordre les doigts d'avoir abusément usé de mon pauvre temps libre dont les 35 heures ne sont en rien la cause, puisque j'en fais moins, et vous comprenez qu'à ce stade, je ne pourrai plus par la suite, si suite il y a, vous offrir mes bouquets de maux qui se déversent sur le papier par cet acte absolu de l'écriture.

 

En espérant également que vous puissiez trouver votre plaisir, et même y prendre votre pied,

indifféremment de droite ou de gauche, dans les pages précédentes et suivantes,

sans vouloir bien sûr me faire édito à la place de l'édito...

En espérant également que vous puissiez trouver votre plaisir, et même y prendre votre pied, indifféremment de droite ou de gauche, dans les pages précédentes et suivantes, sans vouloir bien sûr me faire édito à la place de l'édito...

Allez, éternuons à nos santés. Tchoum !

Bien à vous

Tof', un enfant de Novembre

 

 

 

 

 

 

 

Hosannam Sait mieux que quiconque se servir d'un mixeur à mots couverts et tout est bon pour pamphléter en toute désinvolture sur le monde qui l'entoure. Elle s'insère d'un univers l'autre et vient éclaircir nos esprits cartésiens sur les choses en l'état, créant des narrations à contre-emploi

dans lesquelles eunuque, chinois, syndicalisme et cuisine au beurre nagent alternativement dans la même mare à canard boiteux.

 

 

Shang Xeu Ho Li, Samouraï de Chine

 

Shang Xeu Ho Li naquit la troisième lune du deuxième décan du neuvième mois de la décade des rongeurs, au croisement des planètes furtives de la constellation du gémeau en truite ascendant balance, mois dans l'eau de l'année supérieure du lapin angora à petites dents jaunes. Signe ô combien prometteur, selon les planches anatomicoastrologico-cosmico-satellitaires-planétaires des experts de l'époque qui, je dois bien le dire, n'avaient pas encore inventé le vent d'est et dormaient toujours la tête opposée à l'aurore… ce qui implique pour moi-même personnellement en toute intimité des sciences horoscopales, un large spectre d'erreurs possibles.

Il poussa son premier cri de langouste en un palais des plaisirs, QG à l'architecture audacieuse du légendaire Tsu Ing, despote infidèle, rebelle et athée à ses heures, qui tenait de main de maître ses affaires.

Ce fieffé roturier avait bâti sa fortune en foutant le bordel dans toutes les villes de Chine et son enseigne lumineuse au rouge et noir raffinés était devenue une référence dans le monde cosmopolite, nyctalope et jubilatoire des jouisseurs de fonds.

Mais attention ! Chez lui, pas de lanterne rouge ou de dame pipi en jarretelles, rien que de la tra-di-tion et c'est ce décalage exceptionnel que venaient goûter tous les quidams du monde.

Mettre le pied chez lui vous pervertissait d'addictions raffinées et vous dépucelait l'imagination, la science de ses Dames étant au firmament de ce qui se faisait de mieux et plus encore si vous preniez votre carte d'abonné. Tout avait été testé, approfondi, élaboré, sans cesse amélioré pour que le client s'amouraille de Chine et de ses nuits câlines toute sa vie durant et plus si affinités.

Chaque établissement était la réplique exacte du concept de base avec cependant des particularités savamment concoctées selon la ville d'accueil : un charme tout britannique surchargé de laques à Hong-Kong, l'univers compliqué et codé de Pékin l'interdite, le charme des rizières à Canton et les plaisirs du bord de mer à Shanghai pour ne citer que les plus importantes.

Les grandes agglomérations proposaient le nec plus ultra des débauches à la mode et les petites gargotes paysannes des contrées reculées, le charme tout brut des culbutes dans la paille.

Votre carte de membre vous donnait accès à n'importe lequel de ces lieux de plaisirs et vous permettait d'accumuler des points de fidélité utilisables partout.

Mais là où Tsu Ing avait été le plus fort est qu'il proposait les mêmes services du corps aux deux sexes, mélangeant fort à propos toutes les tendances. Il appelait ça la « mixité interdite », ce qui ne faisait qu'émoustiller davantage les désirs lubriques de certains clients timides.

Vous pouviez donc chez lui, en tout confort et discrétion, visiter la Chine de fonds en comble sans l'ombre d'un remord et goûter un exotisme exquis dans l'anonymat le plus total.

Les « tour operator » l'avaient parfaitement compris dans des séjours aux attractifs prix, qu'ils proposaient sous le manteau ou en privé à des touristes friands d'expériences nouvelles, frontières traversées.

Tsu Ing n'oubliant jamais le coût de chaque chose, empochait de mirifiques royalties négociées taux maximums à grands coups de saké tiède et de contrats bétons. Pour être maquereau chinois, il n'en était pas moins fin stratège et son sourire constant ne montrait jamais sa jouissance à sentir sa bourse pleine.

La naissance de cet héritier mâle lui fit du bien. L'avenir se traçait en lignes de chance et ce fils, c'est sûr, saurait faire fructifier tout ce business de fesse friponne estampillée jackpot.

Il le nomma derechef Shang Xeu Ho Li, étant sûr que c'était le meilleur des augures à lui offrir et inclinerait favorablement sa destinée de souteneur comme papa.

(à suivre)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Annonce: Producteur de blé philosophe cherche hibou taciturne à well bec pour garantie succès

Hosannam

 

Aziyadé s'implante, Aziyadé s'immerge et s'adapte. Elle est une fleur de peau, un éros politique draguant tout ce qui l'intrigue. Elle s'infiltre, sensible et précise dans les arcanes de l'Afrique. Accouchant d'un quotidien partagé entre sa peau blanche et son horizon marocain.

A l'ouest de Médine

 

En l'an 1429 de l'Hégire*, immergée dans ce pays depuis plusieurs mois ressemblant à des années, de loin là-bas en l'an 2008 après Jésus Christ, j'entends une crise et vois par mon hublot les tentes pas berbères des barbares SDF qui dînent tous les jours au restau du bouffon mort.

Je suis Humeur, esprit occidental baigné d'Orient et décline mes regards éclairés de cette lampe ajourée.

Humeur de femme … les femmes auprès de qui je vis m'ont appris. Appris que travailler est une liberté et que porter le voile pouvait l'être aussi. Le voile ce sont ces mères qui ont obtenu des droits pour leurs filles, des avancées pour leur liberté et qui continuent à élever leurs fils comme des petits mâles ! Le voile c'est se protéger contre les avances viriles et directes de ces petits mecs qui sont persuadés d'être dans leur droit. Mon voile, c'est ma couleur de peau, mes cheveux courts et mes hanches étroites. Tous ces atouts qui me permettent de déambuler sans craindre de subir les assauts virulents de ces libidineux qui font la fierté de leur mère. Tous ces non-attributs qui font que je ne suis pas désirée, convoitée, harcelée, moi occidentale, moins femme. Parfois le voile se fait

mode…Jeans et tee-shirts moulants mis en valeur par un fichu qui souligne des regards très engageants. Parfois le voile se fait impressionnant, Belphégor déambulant pieds et mains couvertes pour ne rien laisser paraître… je cherche là encore des regards…ils crient leur liberté, parfois fiers, parfois malins, parfois même séducteurs… parfois les yeux ont disparus, là je suis démunie …

Mon humeur est voilée moi qui ai le droit d'aimer…

Humeur enragée…des enfants massacrés dans leur corps, leur âme, leur vie…. Tout près de chez moi, là, des centaines de mètres carrés de chair à travail. Des gamins des campagnes confiés par leurs parents à un mâalem (maître artisan) pour quelques centaines de dirhams. Embrigadés forgeron, menuisier ou couturier, s'usent la vue, les doigts, le souffle dans la suie, le soufre et la lumière aveuglante derrière de fausses Ray Ban en guise de lunettes à souder. Je croise leurs corps maigres et dégingandés, leur peau décolorée par la crasse … ou les vapeurs d'acide ? Je croise leurs regards fuyants… fuir … dans ces petits sachets qu'ils reniflent…fuir… sur les pavés et devenir ces enfants de la rue sans foi ni loi, qui dés 5-6 ans déambulent à la recherche d'un reste de tagine, d'un bout de pain. Enfant de rien capable de tout… enfant à qui j'ai offert un bol d'escargots aux épices pour deux et qui refuse de le partager avec son tout petit copain … a préféré le jeter de rage aux ordures… Mon humeur est dépossédée ...je serre la main de mon enfant gâtée.

Humeur déréglée … 37 années de sècheresse et 10 golfs en construction. Marrakech ville d'eau alimentée en son centre par une nappe souterraine et en campagne par les eaux de surface…eau collectée en abondance dans des séquias et Khettaras, systèmes ingénieux de drainage des eaux de pluie et de montagne… eau qui coule, eau qui arrose depuis des générations cette oasis aux portes du désert, eau du ciel, eau d'Allah qui ne manquera donc pas… 37 années où les prières à la pluie ne suffisent plus… alors le sol se parsème de trous… toujours plus profonds, toujours plus nombreux, pour atteindre cette eau de terre faute d'eau du ciel… trous asséchés se reproduisent et l'eau descend descend …d'un mètre par an… elle fait 25 mètres…quand ma fille aura mon âge, il n'y aura plus d'eau… mais de petits trous verts fleurissent encore et toujours pour que des shorts blancs jouent les pieds dans l'eau que des familles prennent des heures à aller

collecter loin de chez eux. L'humeur humide je suis assoiffée … de réactions, d'idées, de décisions.

Humeur indexée : Les pays ne sont plus en voie de développement, ils sont émergents ! Iceberg en dérive dans l'océan consumériste.

Cependant ce niveau de développement n'est plus mesuré uniquement au Produit intérieur Brut mais désormais également à l'Indice de Développement Humain. L'IDH donc … mesurons le bonheur des gens. Indices humains, critères onusiens ! Incontestables et universels : l'accès à l'eau, à l'électricité, à la scolarisation, aux services de santé… ! L'ONU concepteur du bonheur ?

Le chef du monde définit l'épanouissement de sa progéniture. Quand il sera grand, il sera ?????? Consommateurs pour leur bonheur !

Enfant prodige, l'occident mange, bouffe, achète, consomme… de l'argent, du travail, des voitures … des anxiolytiques.

Enfant de la honte, l'Afrique vit, prend le temps… on prend le temps de boire un thé avec son voisin, d'aller au Hammam, de rire avec les enfants, de faire la prière, de travailler… je prends le temps de m'arrêter, de parler au mendiant, de sourire aux inconnus, de me chauffer au soleil quelques instants… Proverbe d'ici : « nous avons inventé le temps … l'occident la montre »… on prend le temps de partager le peu qu'on a… Nourriture de l'âme équilibrée, l'enfant grandit et apprendra peut être à sa grande soeur « qu'a réussi » à revivre un jour sans ses cachets.

D'humeur candide, j'optimisme les performances du p'tit dernier !

D'une Humeur l'Autre … les sens aiguisés à la lumière d'ici. Des pas dans les rues comme échos à ma vie. Ne plus revenir en arrière, n'être chaque jour que cette âme enquêtrice de ces codes embrouillés.

J'explore l'abîme de ma naissance dans ces regards qui me dépècent. Etre reconnue étrangère, démasquée immigrée, par ces hommes qui, à ma démarche, à mon regard, devinent d'où je viens et qui je suis. Je suis émerveillée par cet instinct affûté aux aléas de l'histoire qui donnent à ces polyglottes la capacité de me rendre à ma patrie, à ma rue, à ma vie. Je vis dans une ville de plus d'1 million d'habitants, dans le centre ancien historique -La Médina -qui concentre 600 000 personnes, et lorsque je marche à l'autre bout de celle-ci, je suis appelée par des inconnus dans ma langue natale…la Marrakchia** !

 

*Fuite du prophète Mohammed à Médine, marquant le début du calendrier musulman.

**habitante de Marrakech

Billet d'humeurs pour billet d'avion ?

Venez vers l'occident, et ses pays en voie de sous-développement... plus de temps pour le thé alors, seulement constater la croissance négative pour tout sauf pour la misère. Comprends pas ! Comment peut-on à la fois vivre au Maroc et dans une péniche sur la seine à proximité d'un reste haut dû coeur ??? une télé ronde ? L'enseigne "Oh ! Bouffons Morts", c'est quand même plus accueillant que "l'auberge rouge" ou "le cheval blanc" dans lesquelles on libidine sur le pouce et à mots couverts. Y'a pas à dire, si les libidineux font la fierté de leurs mères, les filles, soeurs des libidineux, recouvertes de leur droit à éviter les cocupissants, regards impuissants-épuisants, doivent aussi faire la fierté de leurs pères. Ça rend libidineux ou haineux de travailler pour une misère ? D'arroser les pelouses et remplir les piscines des occidentaux avec de l'eau qu'on n'a pas, pour que les riches envoient des baballes dans des troutrous ou se gargarisent de leur trop de pognon ?

Will

 

 

 

 

 

 

Tof' song

Hélène

Hélène

Pivot central

De ma vie sentimentale

J'ai 7 et 8 ans

Anamoureusement

Hélène

Noyau du coeur

Et tourmente à l'intérieur

C'est du blood and tear

Sous mes yeux de martyr

Hélène

Me revient dans mes rêves

Sans souffle d'une trêve

Haleine

A perdre, à retrouver

Un sentiment premier

Hélène

Ange à faire mon chaos

Un réveil en sursaut

Et l'aine

A caresser la nuit

Volupté au fond… du puits

Hélène

A-cérébral

J'scande un hymne en un scandale

Je n'ai plus 8 ans

Souffle d'un autre vent

Hélène

M'endimancher

D'un moi capilotracté

C'est du baume à m'offrir

Le renouveau d'un sourire

A! scander au rythme des sandales qui hèlent hell haine et laine (LLN?) –haché ailé et noeuds– Étête elle

outballeuse ou folle de bas sens ? Et si elle dégaine : scandale ?] LNNLN ?

Will

 

 

 

Annonce: Dur de la feuille cherche mine tendre pour rédaction dictionnaire des malentendus.

Hosannam

Mine de plomb au caractère gras propose régime sec sous l' hippo succion addict scie aux nerfs assure char.

Je ponds des râles.

Will

 

 

Marc Varin a son double, un héros détaché errant dans sa science de la fiction. Un de ces costauds nonchalants plongés dans un futur lointain. Une sorte de 1984 joué par Bogart dans les brumes d'un monde stérile. Il aime à s'imaginer brute épaisse, cynique et intouchable autant qu'il s'autorise à aimer sa fille comme un père transi de douceur. C'est ce grand écart qui fait l'homme et sa littérature, nous attachant inexorablement à son style populaire

et décalé.

 

Lis et Dzoufdi

- Réveillez vous 1056576 ! réveillez vous 1056576 ! réveillez vous 105…

J'ai coupé mon réveil. Saloperie !

Assis au bord de ma couche, j'hésitais encore à poser les pieds au sol à cause du froid du métal.

J'ai regardé autour de moi lentement comme un de ces robots quand leur énergie arrive à expiration et que tu n'as pas assez de clums pour en acheter d'autre.

Qui est cette femme à poil sur ma couverture ?

J'avais mal au crâne comme si une main malaxait mon cerveau pour faire une boule de neurones.

Heureusement pour moi, un verre d'alcool de synthèse traînait encore sur la tablette fixée au mur. Sans délicatesse je virai le mégot qui y prenait son bain depuis certainement quelques jours.

Je retint(s) un haut le coeur. Vomir sur les boulons du plancher ne faisait pas partie de mon plan, enfin pas ce matin.

Au fait, était-on le matin ? Et si oui, quel matin ?

 

-1056576 vous avez un appel ! me dit la voix métallique de mon ordirobo via les micros hauts parleurs greffés dans ma mâchoire.

 

- Transmission ! gargouillai-je.

- Hey ! M ! Toujours vivant ! me fit une femme manifestement contente de me parler

Pas pour longtemps j'espère.

- Ho ! On a passé un sale quart d'unité ?

- T'es ma mère ? grognai-je.

- Non, ton supérieur hiérarchique !

- Fais pas chier avec ça, Azi, et dis moi ce qui me vaut le plaisir de ta voix dans mon oreille interne.

- Tu connais Dzoufdi ?

- Le satellite artificiel de Véga ?

- Exactement.

- J'en connais ce qu'on m'a appris à l'école à savoir que c'est une planète entièrement construite par les hommes en

réponse à la surpopulation de Véga, qu'elle fait je ne sais plus combien de milliers de kilomètres de diamètre et qu'elle est entièrement creuse et peuplée, comme une couche successive d'étages sphériques.

- Woaw ! Tu étais un élève assidu !

- Et pourquoi tu me parles de Dzoufdi en me privant de ma gueule de bois ? C'est ta prochaine destination.

-Ha non putain ! C'est la seule semaine de vacances de mon unité vie et du viens m'emmerder alors que je prends du bon temps avec… avec … heu…

- Cyndie ! fit une petite voix derrière moi.

- Oui, c'est ça, avec Cyndie.

-Bon, traîne ta graisse jusqu'au bureau et viens prendre ton ordre de mission, je te donne deux unités pour te remettre en ordre et te pointer.

- C'est comme si c'était fait ! répondis-je en coupant la communication. C'est comme si c'était fait, l'emmerdeuse.

Après avoir remercié Cyndie de quelques clums et une remise à niveau ionique, je garais mon vehivol dans la cellule

du ministère et pointais avec dix macro unités d'avance.

***************************

- Capitaine 1056576 au rapport ! fis-je au garde-à-vous devant la porte du commandant Azi

- Entre M.

Je franchis la porte pour me retrouver devant un bureau vide.

-Holotransmission ! entendis-je.

- Quoi ? tu m'as fait venir et tu n'es même pas là ? Tu te fous de qui ?

-Bonjour M.

-J'me tire, Ton holotransmission tu pouvais la faire dans ma cellule.

-Des tirips !

-Quoi ?

- Il y a des tirips qui ont traversé le champ de force et pénétré au sein même de Dzoufdi

- Tu es certaine ? Je pris une chaise, la retournai et m'assis à califourchon.

-Émission virtuelle !

Je me retrouvai aussitôt dans une pièce cubique aux murs de métal , une sorte d'entrepôt frigorifique où pendaient des milliers de sachets aluminium à peine plus gros que mon poing. La transmission était mauvaise,

pleine de parasites qui virevoltaient autour de moi.

-Je suis où ?

-Réserve plasmique du secteur 829 au 800° niveau.

-Et qu'est ce que je suis censé voir ?

-Ça !

Au coin de la pièce, une tâche noire que j'avais tout d'abord prise pour un défaut de transmission bougea

lentement vers moi. Ça ressemblait à une sorte de mille pattes en vingt fois plus gros et moins sympathique.

- J'en avais vu qu'en photo sur l'e-book de la bibliothèque. Comment c'est arrivé là ?

- On en sait rien, et franchement je m'en fous comme de mon premier échange de fluide.

Par contre, je sais comment ils vont finir : en brochette

-Et tu comptes sur moi pour ton pique-nique ?

-Exactement 1056576. Tu décolles de l'Équateur dans une heure, tu me retrouves les parasites et tu les élimines.

-Rien que ça ?

-Non, tu pars avec un coéquipier et…

-Ha nooon ! Pourquoi tu me fais ça encore ! J'en suis à mon sixième cette unité temps et je te rappelle que j'ai failli être suspendu après la mort du dernier.

-Ce n'est pas discutable.

- Vous n'y tenez vraiment pas à vos jeunes recrues, parce que je suppose que ce n'est pas un vétéran, ils ne veulent pas bosser avec moi. Je le retrouve où ton prochain cadavre ?

-Elle t'attend déjà en Équateur.

-ELLE ! ! !

-Fin de transmission, l'emmerdeur.

Je me retrouvai au milieu du bureau vide. Encore une mission bien pourrie!

Un bruit de frottement attira mon attention. Sur la table une puce électronique apparu au bout d'une tige chromée.

Je m'en saisis, la fit pénétrer dans la cavité à la base de ma nuque et en un instant j'eus tout le dossier en mémoire.

Le trajet continent du nord – équateur se faisait par déstructuration moléculaire mais la technique ayant ses limites c' était impossible intergalactiquement. Au passage on inclut quelques molécules de vaccin et un nettoyage purificateur des substances ingérées les dix dernières semaine : adieu alcool de synthèse, adieu petites pilules de rêve…

Le cosmoport équatorial ressemblait à tous les autres : froid, impersonnel et grouillant de voyageurs plus ou moins perdus.

Grâce à la puce je reconnus mon souffre douleur, une brune de taille moyenne et de corpulence un peu plus enveloppée que le standard, aux yeux bruns, habillée à la militaire où tous les plis étaient exactement à l'emplacement du manuel au millimètre près. Enfin, une bleusaille quoi !

 

-Lieutenant 2127166 à vos ordres mon capitaine !

Je ne pus me retenir d'éclater de rire.

Ces navettes intergalactiques sont très luxueuses. Heureusement parce que Terre – Véga ça prend deux unités temps et demi et on a largement le temps de compter ses orteils.

J'en profitai pour connaître un peu ma partenaire : elle s'appelait W, elle était née sur terre il y a trente sept ans, avait toujours voulu intégrer les forces gouvernementales et s'était battue comme une lionne pour y arriver ce qui expliquait qu'elle fusse plus âgée que ses congénères tout frais sortis de l'école.

- Qu'est ce qui t'a amenée jusqu'à moi ?

- Le destin sans doute et aussi le fait que j'ai demandé à quitter rapidement la terre pour laisser derrière moi mes problèmes

- Tu as des problèmes ? De quel ordre ?

- Personnels.

- Humm… Ok ! Que connais tu de la mission ?

- Le gouvernement en place à besoin d'une équipe d'élite et discrète, nous, pour enrayer une épidémie de tirips. Nous sommes censés être de jeunes mariés en quête de sensations fortes et vous travaillez dans l'import – export.

- Si nous sommes mariés, pourquoi me vouvoies tu ?

- Désolée.

- C'est avec ce genre de conneries que notre couverture prendra feu, poulette.

-Je ne suis pas une poulette, je suis votre partenaire experte en chimie moléculaire et occasionnellement championne de boxe française.

- Ho, on est susceptible !

- Je mets juste les choses au point, M.

- Ok, je me méfierais.

Le reste du voyage se passa sans problèmes. Nous jouions au couple amoureux devant un verre (sans alcool, beurk !) et je la trouvais de plus en plus intéressante. En plus, une fois le treillis remisé et habillée en civil, elle était plutôt craquante.

Ho M ! Calme toi voyons ! Tu as passé l'âge de tomber dans ce genre de piège !

Nous arrivâmes sur Véga, une planète surpeuplée, froide où la neige tombait sans discontinuer. Les Végasiens étaient tous gris sauf ceux qui pouvaient se payer des séances d'UV, autant dire une minorité de nantis. La navette pour Dzoufdi ne partait que dans une unité jour et nous étions coincés sur une planète aussi accueillante que le trou de balle d'un chien diarrhéique.

- Qu'est ce qu'on fait ? me demanda t elle une fois nos bagages dans l'hôtel

- Tu connais Véga ?

- Ce qu'on en dit.

- Ben moi, j'y suis né et j'y ai passé toute mon enfance alors, si ça te dit, je te fais rencontrer tout ce qu'il y a de mieux dans ce trou à rats.

- Banco, mais avant j'aurais une holotrans à faire.

- Un amoureux sur terre ?

- Oui, de sept ans.

- Tu as un gosse ? Mais qu'est ce que tu fous là ?

- Comment tu crois que je peux lui payer ses études de pilote.

- Il a été diagnostiqué volant ?

-Oui, l'an dernier lors du recensement des écoles et si je ne lui paye pas les écoles il finira dans les usines à génétique.

Elle s'isola dans la cellule à côté pour transmettre. Cela dura une dizaine de macro unités puis j'entendis qu'elle se préparait.

-Tu sais que j'avais été diagnostiquée chimio–diététique à son âge ? me fit elle en élevant la voix pour mieux se faire entendre.

-Et pourquoi tu as mal tourné ?

-La vie. J'ai connu le père de mon enfant et après un échange de fluides plus torride que les autres je me suis retrouvée enceinte.

-Sans autorisation gouvernementale ? Tu as le goût du risque toi !

-Je l'ai obtenue une unité vie après, du coup mon gosse a un an de moins sur ses papiers mais comme il n'est pas très grand les autorités n'y ont vu que du feu.

-Pfuu ! tu ne lâches pas le morceau toi quand tu veux quelque chose.

-Jamais.

Elle me plaisait de plus en plus. Une teigneuse, c'est exactement ce qui me donne de l'adrénaline.

Elle sortit de la pièce vêtue d'une robe de sortie et j'avoue avoir été sur le cul. Oui, une vraie bombe à adrénaline.

La capitale de Véga, Naxoc, était un complexe de bâtiments monstrueux reliés entre eux par de longs tubes couloirs transparents qui laissaient voir le paysage de désert blanc – gris de ma planète, les tubes contenaient d'autres tubes qui servaient de transport en commun, seul possibilité de voyager inter bâtiments..

Le seul avantage de Véga c'est qu'elle possédait sa propre atmosphère un peu différente de la terre mais respirable au détriment de maux de tête si vous ne possédiez pas les filtres nasaux nécessaires.

D'ailleurs il était facile de reconnaître ceux qui n 'en possédaient pas car la douleur transpirait de leurs visages.

Il y avait à côté de W un gamin d'environ dix unités vie qui manifestement souffrait le martyr. Les traits tirés il regardait ses bottes avec parfois des soubresauts quand, j'imaginais, la douleur se faisait encore plus violente.

J'avais dans la poche une recharge filtrante car la mienne menaçait de venir à expiration d'un moment à l'autre. Je la lui tendis dans la paume de la main, juste devant les yeux. Il ne la prit pas tout de suite, releva la tête pour me regarder de ses yeux bleus turquoise si tristes. Je lui souris et tendis un peu plus la main. Il prit le cylindre chromé et l'examina comme s'il avait été la providence et des larmes coulèrent sur ses joues.

-Je peux les garder pour ma petite soeur ? me demanda t il avec une petite voix chevrotante.

-Bien sûr mon garçon, ils sont à toi, tu en fais ce que tu veux.

J'aurais aimé faire plus pour cet enfant mais je ne possédais pas d'autres filtres sur moi et n'en aurais sans doute pas avant longtemps, le rationnement étant assez strict et la boîte qui fabriquait ces petits joujoux faisant exprès de sous produire pour créer l'inflation.

J'en trouverais bien en contrebande quand le besoin se fera sentir et nous ne séjournions pas longtemps sur Véga. Dzoufdi avait son propre réacteur à oxygène si je me souvenais bien.

Le gosse se replia sur lui même et re fixa ses bottes, toujours avec les mêmes soubresauts réguliers.

J'emmenai W dans l'un des meilleurs restaurants de la ville qui était tenu par une de mes amies d'enfance. La nourriture était fraîche car elle possédait ses propres usines de reproduction moléculaires qui lui venaient de son père.

-Bonjour messieurs dame, une table pour deux ?

-Bonjour Vé, lui fis je avec le sourire

-Monsieur ?

-Alors là, tu me déçois ! Je n'ai pas changé à ce point ? Si ?

-M?

-Lui même, en chair et en os.

-Par Xankok ! Un revenant ! Mais ça fait combien de temps ?

-Trop, au moins vingt unités vie.

-Tu ne me présentes pas ?

-Bien entendu, je te présente W, ma femme fraîchement épousée.

-Ta femme ? Toi ? Tu as bien changé dis moi !

Il faut dire qu'en son temps nous nous étions fréquentés (sans que le gouvernement l'apprenne ce qui nous aurait valu de l'incarcération

car chaque habitant de l'alliance des huit planètes est marié dès la naissance).

-Je vais vous installer à ma meilleure table. Vous êtes là combien de temps ?

-Nous repartons par la prochaine navette de Dzoufdi.

-Dzoufdi ? Oui pour une lune de miel c'est une belle destination. Écoutez, puisque c'est comme ça, pour votre mariage, je vous invite.

-Servez vous… non, laissez vous faire on s'occupe de tout.

-Merci Vé, ne te sens pas obligée

-Tu veux me fâcher à peine je te retrouve ?

-Non, loin de moi cette idée, je me souviens de notre dernière dispute, cinq points de suture.

Vé repartit dans un éclat de rire accueillir d'autres arrivants.

La soirée fut délicieuse et mon invitée aussi. Nous parlâmes de choses et d'autres comme si nous nous connaissions de longue

date. Elle jouait avec ses cheveux, riait et me lançait (enfin je crois) des regards de braises.

La mission s'annonçait sous de meilleurs auspices que je ne l'avais imaginé. Nous profitions des derniers instants de répit.

Au lever du jour les vrais ennuis devraient normalement arriver comme de juste.

En rentrant j'ai bien essayé un rapprochement fort peu subtil je dois l'avouer, cette nana me bottait comme cela ne m'était sans doute jamais arrivé et je pensais que si je l'avais rencontré plus jeune je ne me serais sans doute jamais laissé enrôler dans les forces spéciales et je filerais le parfait amour.

Elle m'a gentiment éconduit. Nous n'étions pas là pour ça et son attirance pour moi frisait sans doute le zéro absolu. La queue entre les jambes j'ai dormi sur le canapé mais je ne m'avouais pas vaincu pour autant, une bataille n'est pas la guerre…

Enfin nous débarquions sur Dzoufdi la planète artificielle. Fidèle à la brochure tout était nickel, grandiose, agréable avec ses

grandes baies vitrées donnant soit sur l'infini galactique soit sur Sigma, Tétras, Véga et leurs deux soleils.

Dés notre embarquement, nous étions tenus de porter l'uniforme : une tenue blanche anti microbienne bien moulante qui mettait en valeur mon ventre bedonnant et le cul de déesse de W comme quoi la nature est mal faite.

-Où penses tu que nous allons trouver les tirips ? me demanda t elle alors que nous contemplions la vue de notre suite nuptiale.

-Il sera toujours temps de s'occuper d'eux plus tard. Ce qui m'importe c'est de savoir qui les a introduits et pourquoi. Ce n'est

pas le genre de parasite qui passe tous les contrôles sans se faire remarquer… alors je suppose qu'ils ont voyagé incognito.

- Tu penses à une voie diplomatique ?

- Oui, je pense qu'il y a des enjeux politiques là dessous. Sais tu le genre de dégâts que peuvent faire ces petites bêtes ? Il se nourrissent de minéraux sous toutes leurs formes et avant d'arriver au 800° ils auraient déjà dû boulotter les niveaux supérieurs. Heureusement pour nous, ils ont un système digestif très lent ce que notre terroriste semblait ignorer. D'après le ministère ils auraient été introduits depuis moins d'une demi unité vie ce qui nous laisse encore assez de temps car leur mode de reproduction est assez laborieux . Ce sont sans doute les pires animaux qui existent sur tous les systèmes solaires.

- Alors je ne vois pas l'intérêt d'introduire des tirips ?

-En fait ils peuvent véhiculer des maladies mortelles pour les humanoïdes en période de stress intense, une épidémie qui tue à presque cent pour cent en moins de deux micro unité. Je n'aimerais pas les contrarier et je n'aimerais pas que quelqu'un le fasse.

- C'est pourquoi nous devons trouver les méchants.

-Parce qu'en plus d'être belle tu es intelligente. C'est amoral. Fis je avec un grand sourire.

- Bon, on commence par où ?

- Commence par t'équiper !

Dans nos valises il y avait des doubles fonds indécelables à toute forme de détecteur. Bien alignés il y avait de quoi faire la guerre à toute la planète et ses environs : des armes plus ou moins discrètes mais toutes exceptionnellement mortelles.

W assembla ses pistolets soniques avec une habilité hors du commun, ses doigts dansant comme ceux d'une magicienne.

Je m'imaginais ce que ces doigts experts auraient comme conséquences sur certaines parties de mon corps.

Brrr ! !

Nous flirtions dans tous les coins des niveaux supérieurs pour bien montrer aux autorités que nous n'étions pas dangereux, au moins le temps que les milliers de caméras s'occupent d'autres arrivants plus turbulents. Le problème avec ces combinaisons c'est qu'elles cachaient bien mieux les armes que mon émoi quand W se frottait à moi. Elle dut s'en apercevoir car elle jouait avec moi comme un chat avec une souris et j'avais le membre apparent toute macro unité.

Enfin le moment que j'attendais ! Nous nous introduisîmes dans les niveaux inférieurs. Nos combinaisons blanches, trop voyantes, furent remplacées par des tenues de combat plus sombres et surtout qui ne réfléchissaient pas la moindre lumière. En gros nous étions devenus invisibles.

Nos détecteurs de mouvements nous signalèrent une forte activité dans le milieu de la planète aux environs du 600° niveau.

Ca ne s



05/12/2008
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